Blog

Dominique Domerçant

On a débuté avec quelques peintures en consignation, 25 artistes à l’époque, parmi lesquels Michèle Manuel, Enel Désir, Claude Dambreville, J. E. Gourgue, Reynold Joseph, Luckner Lazarre, Pierre-Louis Riché et d’autres, se souvient Habib Jiha, qui dispose aujourd’hui de près d’une centaine d’artistes exposants, bénéficiant des transactions de sa clientèle. Espace de diversité Résoudre le problème du loyer et disposer d’un espace plus spacieux sont parmi les deux raisons qui ont poussé le propriétaire de la galerie à laisser au fil des ans la rue Clerveau pour s’installer au numéro 55 de la rue Métellus. Tableaux, encadrements, sculptures, livres d’art, restauration des oeuvres et conseils aux artistes sont du nombre des produits, services culturels fournis par cette institution vieille de vingt ans déjà. « Il faut l’aimer pour le faire; il faut être compréhensif et savoir faire des dons, avoir des idées, être ouvert à la critique », explique l’entrepreneur. On ne choisit pas les tableaux pour les sujets qu’ils proposent, mais pour le talent, la qualité et les techniques des oeuvres. On ouvre nos portes à tous les sujets. La variété est au rendez-vous, se réjouit M. Jiha, qui a déjà exposé dans sa galerie les tableaux de l’actuelle maire de Pétion-Ville, Claire Lydie Parent, en 2009, et ceux de Michael Heckert, un artiste allemand, et organisé une exposition des tableaux de Michèle Manuel, au local de la Banque Interaméricaine de Développement (BID) à Washington. Exclusivité picturale Plusieurs centaines de tableaux, très peu de sculptures, peut-on observer entre les murs qui soutiennent les visions plastiques matérialisées par nos plasticiens. « Je fais aussi des encadrements qui sont différents. Je vais dans des foires d’encadrements pour satisfaire les besoins de la clientèle », se félicite l’homme d’affaires, qui nous informe qu’il a été jusqu’à Las Vegas pour s’approvisionner en produits originaux. Seules les sculptures de maîtres comme Ludovic Booz, Philippe Dodard et Laraque, bénéficieront d’une place dans l’enceinte des salles d’exposition gérées par l’homme d’affaires, qui veut éviter de tomber dans la confusion des supports et matériaux utilisés pour donner corps à ces ouvrages tridimensionnels. Exposer, à quel prix ? Dès que tu as du talent, tu as une vision, tu maîtrises les pinceaux, tu sais jouer avec les couleurs, les cimaises sont dans l’attente des tableaux, des peintres du pays, laisse entendre l’entrepreneur culturel, qui précise qu’au mois de décembre, on est plus motivé pour des expositions; mais pour l’art, il n’y a pas de saison. Pas besoin d’un jour pour créer, ajoute-t-il. Ici, c’est la maison des artistes ! Néanmoins ils peuvent proposer des oeuvres et moi je refuse. Il faut leur dire la vérité pour les aider à progresser, estime M. Jiha, qui assure que la collaboration avec les artistes ne se limite pas uniquement par les expositions. Des fois, on représente ces derniers, pour les plus valables, auprès des organisations. On les encadre. Équité de genre et renouvellement On reconnaît que certains artistes ne dépendent presque plus de la galerie, compte tenu de leur ascension et leur autonomie professionnelle. Des maîtres comme Jean-Claude Legagneur, Lyonel Laurenceau et encore Michèle Manuel exposent exclusivement depuis quelque temps à Expressions, nous explique le galeriste. On reconnaît toutefois que les jeunes peintres et aussi bien les femmes peintres, sont très peu représentés dans cet espace de promotion de talents. Vanessa Craan et Magda Magloire (la fille de feue Louisianne Saint-Fleurant), sont les deux seules jeunes femmes peintres qui exposent à côté des oeuvres de sa mère, de Luce Turnier, de Rose-Marie Desruisseau, d’Elzire Malebranche, de Tamara Baussan, pour la grande majorité décédées ou retraitées ! Un tableau qui présente beaucoup plus une tendance muséale et qui interpelle du même coup les filles du pays, encore sensibles à la peinture, à prendre en main leurs pinceaux ! Encadrement aux artistes M. Jiha reconnaît la complexité pour gérer les artistes, vu leur caractère, leur forte émotion, l’environnement. Une situation qui est devenue plus difficile après le tremblement de terre, car de nombreux artistes peintres ont perdu leur maison-leur atelier. Donc ils ne disposent plus de cadre ni d’ambiance pour peindre la nuit comme le jour. L’absence de sécurité sociale pour les artistes pousse la galerie à trouver des moyens externes, venant de fonds privés pour supporter certains d’entre eux qui font face à des situations de maladie ou de mortalité, informe l’opérateur culturel. « La confiance du client, le choix des oeuvres de qualité et les modes de paiement » sont du nombre des avantages offerts à la clientèle de “Expressions galerie d’art”.